Fixer des objectifs thérapeutiques avec un patient, c’est bien. Que ce patient les comprenne vraiment, se les approprie, et puisse mesurer ses propres progrès… c’est encore mieux !

Mais dans la pratique, comment faire ? Comment rendre un objectif à la fois précis, parlant et mesurable pour quelqu’un qui ne partage pas le vocabulaire clinique ?

C’est exactement pour ça que j’ai créé les Échelles d’Approche Ciblée des Paramètres de Communication, les échelles ACPC. Un outil conçu pour les orthophonistes qui travaillent sur la communication, quelle qu’en soit la cause : bégaiement-bredouillement, autres troubles du neurodéveloppement, ou plus généralement tous les troubles de la communication.

Le principe : une échelle graduée pour chaque paramètre

Imagine une règle graduée de 1 à 5. À un bout, un comportement très discret. À l’autre, ce même comportement poussé à son maximum. Entre les deux, toute une palette de nuances.

Chaque échelle ACPC cible un seul aspect précis de la communication : la vitesse de parole, le volume de voix, le contact visuel, ou encore l’effort mental que demande une situation donnée.

L’intérêt ? Plutôt que de travailler « la communication » en général, ce qui peut vite paraître abstrait voire décourageant, on zoome ensemble sur un paramètre concret à la fois. Le patient sait exactement sur quoi il travaille. Et il peut se situer lui-même, avant et après.

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Pourquoi c'est utile pour co-construire les objectifs ?

En tant qu’orthophoniste, on a l’habitude de fixer des objectifs. Mais combien de fois un patient repart en séance sans vraiment savoir ce qu’il cherche à atteindre — ou sans pouvoir mesurer s’il progresse ?

Les échelles ACPC changent ça. Elles permettent de :

  • Nommer ensemble ce sur quoi on va travailler, dans un langage compris des deux côtés

  • Fixer un cap concret : « Pour cette situation, on vise un 3 sur cette échelle »

  • Suivre l’évolution de façon visible et tangible, séance après séance

  • Donner au patient un rôle actif dans la définition de ses propres objectifs

 

Ce n’est plus toi qui poses l’objectif et le patient qui l’exécute. C’est une construction commune, ancrée dans quelque chose de mesurable.

Ce que les échelles couvrent

Les paramètres de communication ciblés par les échelles ACPC se regroupent en quatre familles.

Ce qu’on entend dans la voix : le volume, la vitesse d’élocution, les pauses, l’articulation, l’intonation, les liaisons.

Ce qu’on voit dans le corps : le regard, la posture, les gestes, l’expressivité, la distance avec l’interlocuteur.

Ce qui se passe dans les échanges : la façon d’écouter, de s’affirmer, de s’exprimer spontanément, la clarté et la pertinence du discours.

Ce que ça coûte globalement : l’effort mental que demande la situation, la motivation du moment, l’utilisation d’une technique particulière.

Cette couverture large permet d’adapter l’outil à des profils très variés : enfants, adolescents ou adultes, bégaiement, dysphasie, troubles du spectre autistique, ou tout autre trouble de la communication.

Quatre façons de les utiliser en séance

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1️⃣ Faire le point après un échange. Après une activité ou une mise en situation, on pose la question : « Sur cette échelle, on était à combien ? » C’est un point d’appui simple pour revenir sur ce qui vient de se passer, sans jugement, et ajuster l’objectif si besoin.

2️⃣ Mieux ressentir ce qui se passe. On se place volontairement à un niveau précis sur une échelle, parler plus lentement que d’habitude par exemple, puis on échange sur les sensations et pensées que ça a produites. Une façon d’explorer en toute sécurité.

3️⃣ S’habituer progressivement à des situations inconfortables. On explore les extrêmes de l’échelle pour apprivoiser ce qu’ils produisent. Une approche progressive, qui permet de sortir de sa zone de confort sans se mettre en difficulté.

4️⃣ Trouver son équilibre dans une situation donnée. On s’entraîne à viser une valeur précise adaptée à un contexte particulier : « Dans cette situation, on vise un 3 sur l’échelle du débit. » L’objectif devient concret, atteignable, et ajustable.

💡 Conseil pratique : commencer par proposer les échelles une à une. Une fois que le patient est à l’aise avec l’outil, on peut en combiner deux simultanément pour enrichir le travail.

Un outil pour toute la diversité des profils

Les échelles ACPC ne sont pas réservées à un type de trouble ou à un type de patient. Elles s’adaptent à la réalité du terrain : des profils variés, des objectifs différents, des niveaux de compréhension et d’autonomie qui ne sont pas les mêmes d’une personne à l’autre.

Ce qui reste constant, c’est le principe : rendre l’objectif thérapeutique visible, compréhensible et partagé. Pour que la séance ne soit pas un espace où seul le thérapeute sait où on va, mais un espace où patient et praticien avancent ensemble, avec le même cap en tête.

Disponibles en téléchargement

Les échelles ACPC sont désormais disponibles ici sous forme de support digital, prêt à intégrer dans ta pratique 😉

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